[TRIBUNE] L’abolition de la chasse à courre : une exigence de cohérence politique

Le 23/10/2026 par Céline Marfaing, référent·es du pôle antispécisme de la REV.

En France, en 2026, des animaux sont encore poursuivis pendant des heures par des meutes de chiens et des équipages de chasseurs, jusqu'à l'épuisement, avant d'être mis à mort. Cette pratique porte un nom, la chasse à courre. Derrière les costumes, les trompes et les traditions revendiquées se perpétue une violence organisée, érigée en loisir et légitimée au nom d'un héritage historique dont il serait grand temps de s'émanciper.

Le 13 octobre 2026, Aymeric Caron a déposé une proposition de loi visant à abolir la chasse à courre, à cor et à cri. Pour la Révolution Écologique pour le Vivant, cette initiative représente une occasion majeure de remettre la condition animale au cœur du débat politique et de mettre fin à une pratique qui n'a plus sa place dans notre société.

La souffrance animale ne peut être un divertissement

La chasse à courre repose sur un principe particulièrement cruel. Un animal sauvage, libre, est poursuivi par une meute de chiens, parfois pendant plusieurs heures. La traque se poursuit jusqu'à ce que l'animal soit épuisé, immobilisé ou acculé, avant sa mise à mort. Cette souffrance constitue le fondement même de la pratique.L'épuisement, la peur et la détresse de l'animal sont les conditions de son « bon »déroulement. Les animaux traqués ne sont pas les seuls à subir cette violence.Les chiens, mobilisés pour poursuivre leurs congénères sauvages, sont eux aussi soumis aux exigences de la chasse, à l’effort physique et aux risques de blessures. Les chevaux, trop souvent oubliés, sont utilisés comme montures et contraints de suivre le rythme des équipages, parfois pendant plusieurs heures,sur des terrains difficiles. Leur fatigue, leurs besoins et leur vulnérabilité sont largement absents des débats sur la chasse à courre. Pourtant, leur condition mérite tout autant notre attention.

Cette pratique révèle ainsi une même logique de domination, dans laquelle certains animaux sont désignés comme des proies et d’autres comme des instruments au service du divertissement humain. Tous sont considérés à travers leur utilité pour les chasseurs, plutôt que comme des individus sensibles ayant des intérêts propres. Pour la REV, la vie d'un animal ne peut être réduite à un divertissement humain. Aucune tradition, aussi ancienne soit-elle, ne saurait constituer une justification morale suffisante à la souffrance infligée délibérément à un être vivant.

 

Une pratique qui révèle la persistance des privilèges

La chasse à courre est également un symbole politique et social. Historiquement associée aux monarchies et aux classes dominantes, elle conserve aujourd'hui une organisation fortement hiérarchisée, des cérémoniels codifiés et des pratiques héritées de l'Ancien Régime. Sous couvert de tradition, une minorité continue ainsi de revendiquer le droit de poursuivre et de tuer des animaux dans des espaces naturels qui appartiennent pourtant, pour une partie d'entre eux, au domaine public. Les conflits entre équipages, riverains et promeneurs illustrent les conséquences concrètes de cette appropriation. Les poursuites peuvent déborder sur les routes, dans les villages ou jusque dans les propriétés privées, exposant les habitants, les animaux non humains et les usagers à des situations dangereuses.

Défendre l'abolition de la chasse à courre, c'est donc aussi défendre une conception démocratique de l'espace naturel. Nos forêts doivent être des lieux de vie, de protection de la biodiversité et de partage, et non des territoires réservés à l'exercice de privilèges hérités d'un autre temps.

Une exigence écologique et démocratique

La chasse à courre pose également la question de notre rapport collectif à la nature. Les déplacements motorisés,les nuisances sonores et la mobilisation d'équipages nombreux interrogent la compatibilité de cette pratique avec la préservation des espaces forestiers et la tranquillité de la faune sauvage. Plus fondamentalement, elle entretient une représentation du monde dans laquelle les animaux sauvages seraient des ressources disponibles, dont les existences pourraient être sacrifiées au nom du plaisir humain. L'écologie essentielle et politique que nous défendons implique de rompre avec cette logique de domination. Elle suppose de reconnaître que les animaux non humains ont des intérêts propres et que leur existence ne peut être subordonnée systématiquement aux usages que nous souhaitons en faire.

 Cette exigence est loin d'être marginale. Selon une enquête Ifop réalisée pour la Fondation 30 Millions d'Amis en février 2026, 51% des personnes interrogées déclarent que les engagements d'un candidat en faveur de la cause animale pourraient influencer leur vote. Par ailleurs, 57% estiment que les candidats n'accordent pas suffisamment de place à cette question dans leurs discours. La société exprime donc des attentes aux quelles les responsables politiques doivent répondre. L'abolition de la chasse à courre constitue, à cet égard, une mesure susceptible de rassembler au-delà des appartenances partisanes. Des propositions d'interdiction ont été défendues par des parlementaires issus de différentes sensibilités politiques. Cette convergence doit désormais se traduire en actes.

Faire de l'abolition une première victoire pour le vivant

Depuis l'adoption de la loi de novembre 2021 contre la maltraitance animale, les avancées législatives majeures en faveur des animaux demeurent insuffisantes au regard des transformations nécessaires. L'interdiction de la chasse à courre ne saurait, à elle seule, mettre fin aux violences exercées contre les animaux. Elle constituerait néanmoins une avancée concrète et un signal politique essentiel.

Pour la Révolution Écologique pour le Vivant, la réponse doit être sans ambiguïté. La protection des animaux non humains, la justice sociale et la préservation des écosystèmes participent d'un même projet d'émancipation, fondé sur le refus de la domination et de l'exploitation du vivant.

Nous appelons l'ensemble des parlementaires à soutenir cette proposition de loi et à permettre son adoption.Abolir la chasse à courre, c'est refuser que la cruauté demeure un privilège.C'est affirmer que la tradition ne saurait justifier la violence. C'est faire un pas supplémentaire vers une société qui cesse de considérer les autres êtres vivants comme des objets à sa disposition. Il est temps que nos forêts cessent d'être des terrains de persécution pour redevenir des espaces de liberté, pour les humains comme pour les animaux non humains qui les habitent.