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Par Irfaan Burahee, docteur en géographie, élu municipal REV à Bonneuil-sur-Marne et référent REV départemental 94. 

Le hantavirus n'est pas un phénomène nouveau. Ce qui change, c'est l'environnement, les comportements des espèces animales, les territoires et les modes de vie des humains. Autrement dit, ces maladies émergentes ne "naissent" pas vraiment, elles trouvent de nouveaux terrains pour se propager.

L'épisode qui a récemment attiré l'attention du monde entier illustre ce phénomène. En avril 2026, une épidémie de hantavirus de type Andes a été détectée à bord du navire de croisière MV Hondius, parti d'Ushuaia (Argentine) le 1er avril. Trois passagers en sont décédés.  Bien qu'une décharge aux abords d'Ushuaia ait été pointée du doigt comme source possible de contamination, les autorités locales ont catégoriquement rejeté cette hypothèse, rappelant que la région de Terre de Feu n'a jamais enregistré de cas de hantavirus, et que le dernier cas dans la province remontait à 1996. Ce qui potentiellement est faux car le patient 0 serait un touriste ornithologue hollandais parti dans cette décharge à Ushuaia pour observer des oiseaux.

Sur le plan épidémiologique, le contexte argentin est néanmoins préoccupant : les cas de hantavirus ont presque doublé en un an en Argentine, avec 101 cas confirmés pour la saison débutant en juin 2025, contre 57 à la même période la saison précédente. Le taux de mortalité est passé de 17 % entre 2019 et 2024 à plus de 33 % récemment.

Le rôle déterminant de nos activités sur l'émergence du virus

Les experts sont unanimes : nos activités humaines sont au cœur du problème. Serge Morand, biologiste au CNRS spécialiste des maladies transmises par les rongeurs, explique que "quand on déforeste, quand on intensifie l'élevage, quand on grignote les prairies, on rapproche les humains des animaux porteurs de virus et on favorise le risque de transmission" (France Info). La preuve des effets de la déforestation sur l'augmentation de la circulation du virus a été établie scientifiquement : les rongeurs testés positifs à un hantavirus sont plus nombreux dans les zones déforestées. La perte de forêts, leur fragmentation et les transformations anthropiques des paysages — notamment la conversion d'habitats naturels en zones agricoles — augmentent la prévalence du hantavirus chez les espèces réservoirs. Ces espèces s'adaptent en effet aux perturbations écologiques et prolifèrent dans les milieux modifiés.

À l'inverse, une biodiversité riche joue un rôle protecteur. C'est ce que les scientifiques appellent "l'effet de dilution" : dans un écosystème diversifié, le virus se dilue entre de nombreuses espèces dont la plupart ne le transmettent pas.

Le tourisme, vecteur de propagation

Les tendances touristiques ont également un effet sur la propagation du virus. Comme le souligne Roberto Debbag, vice-président de la Société latino-américaine de vaccinologie : "N'importe qui allant dans une zone à risque pour le tourisme, si elle n'est pas débroussaillée, représente un danger très élevé."  (CNN) Le GIEC souligne pour sa part que "la propagation d'animaux sauvages et de leurs parasites vers de nouvelles régions en raison du changement climatique, du commerce mondial et des déplacements" joue un rôle clé dans la diffusion des zoonoses. Pour réduire le risque de futures épidémies, il faut de toute urgence préserver, protéger et restaurer les habitats sauvages.

Comme pour le Covid-19, le hantavirus pose une nouvelle fois la question fondamentale de notre rapport à la nature. L'élevage intensif, la déforestation, l'artificialisation des sols et l'extractivisme amplifient le risque d'épidémies zoonotiques — ces maladies infectieuses transmissibles de l'animal à l'homme — et les leçons des crises sanitaires précédentes semblent encore insuffisamment retenues.

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