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Par Irfaan Burahee, docteur en géographie, référent REV dans le 94 et conseiller municipal REV à Bonneuil-sur-Marne.


L'affaire WWF France et le malaise des grandes ONG environnementales

Juin 2026 : Les faits

Alexandra Palt, alors présidente bénévole du WWF France, avait participé à titre personnel à une manifestation début avril contre les insultes racistes visant Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis. Son acte citoyen, motivé par un engagement de longue date pour les droits humains, lui a valu une mise en cause officielle de la part de sa propre organisation. Dans un courriel interne, la présidente d'honneur Isabelle Autissier et un administrateur ont jugé sa publication « inacceptable », précisant que leur organisation « se bat depuis sa création pour qu'il n'y ait pas de doute sur son apolitisme » et que « l'objet social du WWF n'intègre pas la lutte contre le racisme, même s'il s'agit d'une noble cause » (Faune Sauvage). Alexandra Palt affirme s'être rendue au rassemblement sans prendre la parole ni afficher un signe d'appartenance au WWF. Elle a finalement démissionné pour devancer une procédure de destitution.

L'apolitisme comme bouclier… ou comme angle mort ?

La position du WWF révèle une tension ancienne : l'apolitisme affiché comme garantie de crédibilité et d'accès aux financements. L'argument est connu — ne pas prendre parti permet de toucher le plus grand nombre. Mais cette vision d'une écologie dépolitisée et aseptisée finit par être structurellement blanche, structurellement de classe, structurellement indifférente aux personnes qui subissent le plus la crise. Une écologie qui protège les espèces jusqu'aux plus éloignées, mais pas les humains qui leur ressemblent le moins. Ironie supplémentaire : l'organisation reçoit des subventions publiques et doit à ce titre signer un « contrat d'engagement républicain »… qui lui impose de rejeter toute forme de racisme.

Le racisme environnemental, angle mort structurel

Ce malaise dépasse le seul WWF. Les minorités ethniques sont non seulement plus souvent impactées par les pollutions, mais également sous-représentées au sein des institutions politiques, des associations environnementales et des partis politiques écologistes. Dans les quartiers populaires, les inégalités face au changement climatique s'expriment au travers d'une détérioration continue de l'environnement. Ces populations subissent de plein fouet la crise écologique, mais peinent à se reconnaître dans des mouvements qui semblent leur parler depuis un autre monde. Selon Carenews, le directeur général de France Nature Environnement a reconnu que « le monde associatif environnemental doit se transformer sur la question du racisme », appelant le racisme environnemental et l'écologie décoloniale à devenir des concepts aussi familiers que ceux du changement climatique.

Antispécisme et antiracisme : une même logique

C'est ici qu'intervient une question philosophique plus profonde, portée notamment par des mouvements comme la Révolution Écologique pour le Vivant (REV). Si l'on défend les animaux non humains au nom du refus de la hiérarchisation arbitraire des êtres vivants — c'est la définition même de l'antispécisme — comment justifier ensuite l'indifférence face à la hiérarchisation des humains entre eux ? La REV a été fondée précisément pour défendre les droits de tous : humains, écosystèmes et animaux non humains, dont l'objectif est de représenter leurs voix. Cette vision globale du vivant rend logiquement impossible toute neutralité face au racisme. On ne peut pas militer contre l'exploitation des animaux tout en fermant les yeux sur l'exploitation ou la déshumanisation d'êtres humains. L'antispécisme, poussé jusqu'à sa cohérence, est antiraciste par nature. La REV dénonce une « écologie molle » qui s'accommode du modèle néolibéral et se contente de lutter contre ses conséquences les plus néfastes, sans jamais questionner les structures de domination qui produisent à la fois la destruction du vivant et les inégalités sociales et raciales.

Protéger une espèce menacée en Amazonie tout en refusant de se prononcer contre le racisme qui frappe ses voisins de palier, c'est précisément cette contradiction que des militant·es de plus en plus nombreux·ses refusent d'endosser.

Choisir son camp

L'affaire WWF n'est pas un simple conflit de gouvernance. Elle révèle une ligne de fracture idéologique au sein du monde écologiste : d'un côté, une écologie institutionnelle, prudente, soucieuse de ne froisser aucun donateur ; de l'autre, une écologie radicale qui assume que défendre le vivant — dans toute sa diversité — implique de se battre contre toutes les formes de domination, qu'elles s'exercent sur des animaux, des forêts ou des êtres humains racisés. La fondatrice de l'association Bloom l'a résumé avec franchise : « On choisit son camp dans la vie : les valeurs matérielles ou immatérielles. Le WWF a choisi. »  (Reporterre). Et Greenpeace France d'affirmer sans ambiguïté : « L'écologie est antiraciste. Ces valeurs sont au cœur de l'écologie et de notre engagement. »  (Carenews).

 La question est maintenant posée publiquement. Les grandes associations de protection animale et de l'environnement devront y répondre — ou assumer le choix du silence.

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