[Tribune] Canicule : le grand tabou de l’élevage
Le 08/07/26
Par Céline Marfaing et Jean-Marc Gancille, référents du pôle Antispécisme de la Révolution Écologique pour le Vivant (REV), parti d’écologie radicale fondé par Aymeric Caron.
Chaque été, les politiques se demandent comment survivre à la canicule. Très peu se questionnent sur les moyens d’empêcher la prochaine.
La France toute entière suffoque. Les records de chaleur tombent, les écoles ferment, on ne respire plus dans les hôpitaux, les travailleuses et travailleurs exposée•es sont mis•es en danger, les animaux non humains des élevages meurent ou au mieux survivent dans des bâtiments surchauffés, partout les êtres vivants cherchent de l’eau.
À chaque épisode caniculaire, le débat public semble suivre le même scénario : il faut climatiser, ventiler, économiser l’eau. On modifie les horaires et on fait attention aux personnes et aux animaux domestiques plus vulnérables. Des mesurettes bien insuffisantes au regard des prévisions scientifiques. Une politique qui ne traite que les conséquences finit par organiser la survie dans un monde invivable.
La question centrale demeure toujours évitée. Quels sont les systèmes économiques qui rendent ces canicules plus fréquentes, plus longues et toujours plus intenses ?
Le GIEC est clair : le réchauffement climatique est causé par les activités humaines. Les scientifiques nous rappellent que les vagues de chaleur, telles que nous les subissons en ce moment, vont devenir plus nombreuses et plus sévères. La canicule n’est pas un accident isolé, elle est la conséquence d’un modèle de production qui dérègle les conditions mêmes de la vie. Et parmi les causes structurelles de ce dérèglement, l’élevage reste l’un des grands tabous du débat écologique français.
L’élevage n’est pas seulement victime du réchauffement climatique, il l’alimente
On parle parfois des conséquences de la canicule sur les élevages et il faut le faire. Les animaux exploités subissent eux aussi le stress thermique, l’enfermement, la déshydratation, les maladies et en meurent parfois. Mais il faut aller plus loin. L’élevage n’est pas seulement une victime du dérèglement climatique. Il en est aussi l’une des causes principales.
Les études estiment que les aliments d’origine animale représentent environ 57 % des émissions du système alimentaire mondial et génèrent à eux seuls environ 16,5 % des émissions de GES d'origine anthropique par an à l’échelle mondiale. Pris isolément, l’élevage émet donc davantage que l’ensemble du secteur mondial des bâtiments (6%) et représente un volume comparable aux émissions du transport routier mondial et environ quatre à cinq fois plus que l’ensemble de l’aviation mondiale (2,5%).
En France, l’agriculture représente encore un poste majeur d’émissions. Derrière chaque élevage de vaches se trouve l’une des principales sources[JR1] d’émission de méthane, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est bien supérieur à celui du dioxyde de carbone. Sur vingt ans, il réchauffe environ 81 fois plus que le CO₂. Les ordres de grandeur alimentaires sont tout aussi parlants. Selon les données Agribalyse de l’ADEME, un kilogramme de « viande » de vache représente environ 28 kg CO₂e. En comparaison, un kilogramme de lentilles représente environ 0,582 kg CO₂e, soit 48 fois moins. Ce n’est pas une différence marginale. C’est un gouffre climatique.
Face à cela, la réponse ne peut pas être de demander aux individus de « faire des efforts » pendant que l’État continue de soutenir un modèle destructeur. La transition écologique doit être collective, planifiée, radicale et juste.
La REV défend une écologie radicale qui ne se contente pas d’adapter les populations aux conséquences du dérèglement climatique. Face à l’urgence, nous assumons la nécessité de transformer les causes structurelles de la catastrophe en cours. Cela implique de reconsidérer le principe même de l'élevage et d'engager une sortie progressive de toutes les formes d'exploitation des animaux. D'un point de vue scientifique et écologique, contrairement aux idées reçues, ni l'élevage industriel ni l'élevage paysan ne peuvent revendiquer de quelconques vertus. Bien au contraire, les deux se combinent pour maximiser les dégâts environnementaux d'une activité qui compte d'ores et déjà de nombreuses alternatives.
Mais cette transition ne peut se faire contre les agriculteur•rices. Nous proposons la création d’un véritable service public de l’agriculture, garantissant accompagnement, formation, sécurisation des revenus et reconversion vers des productions végétales, l’agroécologie et des activités compatibles avec les limites planétaires. Nous défendons également une sécurité sociale de l’alimentation permettant à toutes et tous d’accéder à une alimentation végétale saine, durable et choisie. Loin d’opposer justice sociale, justice climatique et condition animale, nous considérons qu’elles sont indissociables.
Enfin, nous refusons de séparer la question climatique de la condition animale. Les animaux non humains ne sont pas seulement des unités de production. Ils sont des êtres sensibles, exposés à la chaleur, à la soif, à l’enfermement et à la violence d’un système qui les rend invisibles jusque dans les catastrophes qu’il contribue à produire.
Enfin, nous refusons de considérer les animaux comme de simples ressources économiques. Les connaissances scientifiques sont aujourd’hui largement établies sur leur sensibilité, tandis que les travaux du GIEC et de la FAO identifient la réduction des productions et consommations animales comme un levier important de lutte contre le changement climatique. Pourtant, les propositions visant à ouvrir ce débat continuent d’être caricaturées ou disqualifiées dans l’espace politique, comme l’ont montré les réactions suscitées récemment à l’Assemblée nationale. Alors que, dans le cadre des discussions autour de la loi d’urgence agricole, Aymeric Caron défendait un amendement visant à intégrer un objectif de réduction de la viande pour des raisons climatiques, de nombreux députés ont préféré moquer cette proposition plutôt que d’admettre la réalité scientifique de ce texte. Pour nous, la REV, reconnaître les animaux comme des êtres sensibles et transformer notre rapport à leur exploitation ne relèvent [JR2] pas de l’utopie, mais d’une exigence écologique, démocratique et éthique.
L’écologie radicale commence ici. Elle ne consiste pas à gérer les ruines du vivant, elle consiste à mettre fin aux systèmes qui les produisent.
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