[Tribune] Climat : devant l’inaction écologique, la radicalité est une urgence vitale
Le 02/09/26
Par les membres du pôle Biodiversité de la Révolution Écologique pour le Vivant (REV), le parti d’écologie radicale fondé par Aymeric Caron
Dans un tout nouveau rapport, l'ONU est claire : le seuil de 1,5 degré de réchauffement climatique sera bel et bien dépassé, et il faudra tout faire pour repasser en-dessous d'ici la fin du siècle. L'été que nous venons de vivre a fait basculer toutes les certitudes : désormais les canicules s’installent et se répètent, tandis que les incendies ravagent des milliers d’hectares de végétation, déciment les animaux et les habitations. Les sécheresses fragilisent les récoltes et les inondations ne sont plus des cas isolés. Pourtant, si les derniers épisodes climatiques sont dramatiques et spectaculaires, ils ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Car dans le même temps et dans l’indifférence générale, la biodiversité s’effondre à un rythme inédit depuis des décennies : selon le WWF, les populations suivies de vertébrés sauvages ont décliné en moyenne de 73 % depuis 1970, tandis que l’IPBES estime qu’environ un million d’espèces sont menacées d’extinction. Nous ne faisons plus face à une catastrophe annoncée : nous sommes déjà entrés dans une nouvelle réalité.
Face à la catastrophe écologique en cours, nous appelons à initier dès maintenant une véritable révolution pour enrayer la crise.
Une planète de moins en moins habitable
Le dérèglement climatique ne se résume pas à quelques degrés supplémentaires. Il bouleverse de façon exponentielle les équilibres entre le climat, les océans, les forêts, les sols, l’eau et l’ensemble des vivants.
Cette crise climatique est indissociable de l’effondrement du vivant. Les écosystèmes se détériorent, les populations animales s’effondrent au prix de souffrances intolérables et les espèces disparaissent en cascade. Les forêts dépérissent, les sols s’appauvrissent et les insectes pollinisateurs se raréfient. Or le vivant n’est pas un décor, il doit être préservé car sa valeur est intrinsèque. Par ailleurs, les forêts régulent le climat et le cycle de l’eau, les zones humides limitent les inondations. Détruire ces équilibres fragiles, c’est compromettre nos existences plurielles et vulnérables.
Les conséquences sont aussi sociales avec des rendements agricoles incertains, des prix alimentaires qui augmentent et des problèmes d’accès à l’eau. Les personnes les plus précaires, qui contribuent pourtant le moins au dérèglement climatique, sont les premières frappées : logements transformés en bouilloires thermiques, précarité alimentaire, exposition accrue aux catastrophes et dégradation de la santé. La crise écologique exacerbe ainsi toutes les inégalités existantes.
Un modèle incompatible avec le vivant
Les causes sont connues : élevage, dépendance aux énergies fossiles, artificialisation des sols, destruction des forêts, surexploitation des biens communs et transformation du vivant en matière première. Pourtant, notre société capitaliste repose sur l’idée que la production et la consommation peuvent croître sans limites, quels qu’en soient les coûts écologiques, sociaux et éthiques.
Notre modèle agricole illustre bien cette absurdité. Les systèmes alimentaires représentent environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’élevage mobilise près de 77 % des terres agricoles mondiales alors que les produits animaux ne fournissent qu’environ 18 % des calories consommées. Il contribue fortement aux émissions de méthane et de protoxyde d’azote, à la déforestation, à la pollution de l’eau et à l’effondrement de la biodiversité, tout en organisant l’exploitation et la mise à mort de milliards d’êtres sentients qui ne demandent qu’à vivre.
Le dérèglement climatique n’est donc pas seulement une crise environnementale. Il est le symptôme d’un modèle capitaliste et spéciste devenu incompatible avec l’habitabilité de la Terre et à notre morale. En sortir n’est plus une utopie : c’est une nécessité vitale et éthique.
Dix ans de renoncements politiques
Depuis 2017, Emmanuel Macron et ses gouvernements affirment faire de l’écologie une priorité, tout en déclarant qu’il était impossible de prévoir de telles crises. Pourtant, leurs actes ont constamment démenti leurs discours. Les propositions de la Convention citoyenne pour le climat ont été abandonnées ou édulcorées. Dans le domaine agricole, les pouvoirs publics continuent de soutenir un modèle dépendant des pesticides, de l’irrigation intensive et du business de la viande, malgré ses conséquences documentées et les consensus scientifiques en leur défaveur.
La dernière loi d’urgence agricole est un parfait exemple de cette fuite en avant : malgré les recommandations inverses, il s’agit notamment de faciliter les projets d’élevage intensif, de faire reculer les normes environnementales et d’affaiblir la protection des espèces.
Contrairement à ce qu’a affirmé Emmanuel Macron, tout cela était pourtant bien prévisible. Depuis plus de trente ans, les scientifiques décrivent les mécanismes du dérèglement climatique et alertent sur ses conséquences tout en recommandant des solutions concrètes, telles que la réduction de la viande ou la préservation des forêts. Cette inaction s’accompagne ainsi d’un véritable recul démocratique : les études scientifiques et les mobilisations citoyennes sont ignorées, tandis que les associations et militants écologistes sont stigmatisés, voire criminalisés. La sphère politique se rend complice d’un véritable déni de la science en défendant cette inversion des valeurs.
La révolution est un choix qui s’impose à notre humanité
Face à cette impasse, la Révolution Écologique pour le Vivant refuse le fatalisme et appelle à des actions politiques fortes et rapides. Nous défendons une transformation profonde de nos manières de produire, de nous alimenter, de nous déplacer, de partager les communs et de coexister avec les autres animaux. Les intérêts économiques de court terme ne peuvent plus primer sur les conditions d’existence des générations présentes et futures, humaines comme non humaines.
Cette transformation suppose une redéfinition de notre rapport au vivant, et avec elle une réduction drastique du temps de travail, mais aussi une sortie planifiée des énergies fossiles, la rénovation massive des bâtiments, le développement des transports collectifs et des mobilités actives, ainsi que la protection des forêts, des zones humides et des sols. Elle implique aussi une réinvention agricole : créer un service public de l’agriculture, protéger l’eau et la biodiversité, végétaliser l’alimentation et organiser la sortie de l’élevage.
La transition écologique doit être socialement juste et accessible. Elle exige des investissements publics massifs, une planification fondée sur les connaissances scientifiques et une mobilisation de toute la société. Elle doit enfin reconnaître les animaux non humains comme des individus dont les intérêts comptent, et non comme de vulgaires ressources utiles.
Agissons maintenant
L’histoire retiendra que nous savions. Elle retiendra les mégafeux, les inondations, les personnes suffocant dans des logements surchauffés, les animaux morts par millions dans les élevages et les forêts calcinées, et les écosystèmes détruits au nom du profit. Les solutions existent et les moyens techniques, économiques et humains sont à notre portée. Ce qui fait défaut est la volonté collective de rompre avec un modèle devenu invivable.
Nous appelons les citoyennes et citoyens, les scientifiques, les associations, les syndicats, les artistes, les élu·es et toutes les forces attachées à l’intérêt général à construire le rapport de force nécessaire à la révolution écologique. Chaque décision reportée alourdit le coût humain, social et écologique de la crise. Chaque choix courageux rend possible une société plus juste et respectueuse de tous les êtres sentients.
Le temps des constats et des demi-mesures est révolu. L’histoire ne nous demandera pas si nous savions. Elle nous demandera pourquoi nous n’avons pas agi.
Vos commentaires
Il n'y a pas encore de commentaire pour cet article
Partager
Copier le lien Partager sur Facebook Partager sur Twitter