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Les représentant·es de la gauche et de l’écologie s’entêtent à mettre la valeur travail sur un piédestal, comme si l’épanouissement du genre humain dépendait d’une carrière professionnelle accomplie. Face à un accroissement des drames causés par des décennies de politiques capitalistes (déclin de la biodiversité, pollution des eaux et des sols, hausse de la pauvreté, dégradation de la santé mentale, etc.) et à l’heure où l’intelligence artificielle menace de plus en plus d’emplois, le fantasme de l’ouvrier comblé est un modèle passéiste qui ne correspond à aucune réalité.

Nous, membres de la Révolution Écologique pour le Vivant, considérons la disparition du travail laborieux comme une bonne nouvelle, à condition de l’accompagner par une politique radicale sérieuse de libération du temps, centrée sur le vivant.

En finir avec le mythe de la valeur travail

C’est un constat global qui vaut pour tous les sujets, mais qui s’avère d’autant plus notable sur la question du travail : les politiques manquent cruellement d’imagination et d’audace, et cette mollesse nous mène dans l’impasse morale.

Pour ce qui est de la droite, c’est presque un pléonasme. Car le néolibéralisme, par nature, trouve son moteur dans ce que l’on nomme joliment la « stabilité ». En réalité, cet immobilisme pro-marché tend inévitablement vers une aggravation des maux du système néolibéral, à savoir produire toujours plus, et donc exploiter inconditionnellement ce qui vit. À ce titre, la droite et ses extrêmes défendront toujours, et en dépit des réalités factuelles, l’idée d’allonger continuellement la proportion de travail dans nos vies. À vrai dire, ce constat n’est pas une surprise.

En revanche, on attendrait davantage de courage de la part des politiques de gauche. Or là encore, pas d’idées nouvelles pour réinventer le travail. Au mieux, il s’agit de mesurettes ou de réformes à la marge. La plupart du temps, les prises de position consistent uniquement à vouloir éviter le pire : on manifeste pour empêcher l’instauration d’une reforme des retraites qui forcerait les Français·es à travailler encore à 70 ans, ou bien on fait des discours pour sauvegarder des jours fériés chômés. Alors oui, certains osent tout de même aller plus loin en proposant une diminution du temps de travail, comme à la France insoumise qui affiche l’horizon de 32 heures hebdomadaires. C’est un bon début, mais ce n’est pas assez. On ne peut pas s'accommoder de simples "progrès". D’autres, comme François Ruffin, défendent le travail comme un objectif en soi, la base de toute construction humaine, garantissant revenus, dignité, fierté et pouvoir d’achat.

Mais où sont donc passées les esprits révolutionnaires en quête de liberté ? Et comment, en 2026, peut-on encore ignorer que le monde est en réalité interconnecté ?

Vers la semaine de 15 heures et le congé parental de 6 ans

Car c’est pourtant bien cela, le fondement d’une véritable politique écologique et humaniste : rêver d’une société où les revenus ne seraient plus conditionnés à l’emploi, mais à l’existence. C’est comprendre et admettre que le vivant, libéré de son emprise alimentaire, puisse redevenir maître de son destin pour enfin se retrouver pleinement, prendre soin de ses proches et même se rendre utile aux autres et à la société. C’est oser une politique intellectuelle, profonde, et défendre la semaine de 20 heures, voire 15 heures, comme le prédisait l’économiste britannique John Mayard Keynes il y a de cela un siècle. Car en réduisant radicalement le nombre d’heures travaillées, chaque être humain pourrait à nouveau apprécier l'instant, choisir de se cultiver, de s’informer. Alors que tout est fait aujourd’hui pour empêcher l’acte de citoyenneté, par la labeur d’une activité usante et bien souvent subie au pas de course, ce temps retrouvé permettrait de s’impliquer dans la vie démocratique de ce pays.

L’année dernière, en proposant lors d’un discours la semaine de 15 heures comme un horizon politique nécessaire, Aymeric Caron, président, fondateur et député de la REV, avait été vivement critiqué par les éditorialistes de tout bord, le traitant d’utopiste, de rêveur, ou encore de défenseur de l’oisiveté. Si réduire drastiquement le temps de travail est effectivement un concept éloigné de ce qui se pratique aujourd’hui, cette idée moderne n’est pas irréaliste. Au contraire, elle répond parfaitement à l’urgence économique, sociale et écologique de notre époque. Au lieu d’une éloge de la paresse, il s’agit d’un combat pour la vie.

D’ailleurs, cette politique financée par la redistribution des richesses devra s’accompagner de nombreux autres bouleversements, y compris concernant notre vision de la parentalité. Ce temps libéré devra ainsi conduire à un congé parental partagé, pour des questions évidemment féministes et antisexistes, mais pas seulement. Ce congé devra aussi s’étendre dans la durée. Plutôt que, de façon absurde, travailler dans le but de pouvoir rémunérer une personne chargée d’élever, à sa place, son enfant, chaque parent devrait avoir la possibilité financière de s’en occuper soi-même durant une année, deux ans et pourquoi pas six ans. À ce sujet, diverses études ont démontré les bienfaits sur le développement émotionnel et cognitif de l’enfant, lorsque les parents peuvent s’en occuper sans travailler durant ses premières années de vie. Il s'agira aussi d'instaurer un revenu d’existence, permettant de subvenir aux besoins de chacun·e sans condition, et de reconnaître le travail bénévole, notamment dans le calcul de la retraite.

Pour un 1er-mai ambitieux, une fête du temps libéré, pas travaillé

En ce Premier-mai, ne nous contentons pas de militer contre la fin d’un jour férié. Ne nous cantonnons pas à la vision étriquée et trompeuse des partis traditionnels vis-à-vis du travail, élevée au rang d’identité libératrice. L’avenir de notre humanité et du vivant dépend de notre capacité à rêver d’un monde différent : altruiste, mais aussi ralenti. Car la partie la plus précieuse de nos vies éphémères est celle du temps, que nous devons reconquérir. En cela, plus que jamais, nous avons besoin d’une politique d’écologie radicalement ancrée dans le réel, délesté du travail.

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