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Par Michelle DOISNEAU, journaliste indépendante, pour la REV.

 

La tragédie intolérable de la petite Lyhanna soulève le voile sur cette France malade de ses institutions, sourde à la souffrance des plus vulnérables. Face à l’abandon systémique des enfants vis-à-vis des violences sexuelles, il devient impératif de questionner un mode de vie anthropocentré et patriarcal qui tolère que la domination des plus forts broie impunément les corps des plus petits. Pour la Révolution Écologique pour le Vivant (REV), ce traitement des enfants fait écho à l’exploitation globale du vivant : une culture où l’être sensible, qu’il soit humain ou non-humain, est privé de sa pleine considération morale et sacrifié au profit de structures de pouvoir défaillantes.

L’horreur a un nom et un visage, celui de Lyhanna, 11 ans, disparue fin mai à Fleurance et retrouvée sans vie le 4 juin à Puycasquier dans le Gers. Les révélations médico-légales coupent le souffle par leur cruauté : la fillette a été entravée, bâillonnée et présentait des traces d'ecchymoses. De plus, l’autopsie révèle que la collégienne a été violée, l’ADN du principal suspect, Jérôme Barella, ayant été formellement identifié sur son corps alors que les examens se poursuivent pour déterminer les causes exactes de son décès. Ce drame innommable met en exergue une faillite institutionnelle majeure, car le suspect de 41 ans était déjà visé par de multiples plaintes restées sans suite. Face au scandale des dysfonctionnements, les premières conclusions des inspections administratives seront remises au gouvernement ce lundi 22 juin.

Cette incapacité chronique de l'État à protéger l'enfance est le signe d'une dérive profonde. À l'évidence, la justice française, machine aveugle et sourde, prétend protéger les plus petits pour finalement les abandonner aux plus mauvais dangers. Si, face à l'opprobre générale, les magistrats du tribunal de Libourne prévoient d’organiser une réunion publique le 24 juin pour défendre leur intégrité face aux critiques, la récupération politique qui s'en suit s'avère écœurante. Comme l’expose la coordinatrice de la REV Azelma Sigaux, le fait que « Darmanin dénonce les défaillances du système judiciaire dans l'affaire Lyhanna » est dénué de toute « crédibilité, venant du chef de la justice, lui-même concerné par une affaire de viol, harcèlement sexuel et abus de pouvoir dont la plaignante souhaite toujours la réouverture de l'enquête. Honte. »


Plutôt que d'apporter des réponses de fond, la classe politique dominante choisit trop souvent d'utiliser l'émotion populaire pour entretenir une visibilité de présidentiable. Pendant ce temps, la négligence d'État continue d’essaimer ses monstres : dans l'Oise, trois femmes victimes de viols classés sans suite crient à l'injustice et alertent qu'un autre « Jérôme Barella » est actuellement en liberté en Picardie.


Cette omerta et ce manque de protection se logent au cœur même des espaces censés éduquer et soigner. Au sein de l'Éducation nationale, malgré l'émission de 80 000 informations préoccupantes par anles enseignants reconnaissent manquer cruellement de formation pour repérer les premiers signes de détresse sexuelle chez les élèves. Pire encore, l'institution médicale se heurte à des barrières punitives révoltantes : le psychiatre David Gourion rappelle avec amertume que le système punit ceux qui protègent, plaidant pour l'octroi d'une immunité totale aux médecins dénonçant la maltraitance. L'affaire du Gers nous oblige à nous interroger en profondeur entre responsabilité humaine, failles institutionnelles et mystère du mal. Ce constat tragique soulève une question fondamentale de civilisation : pourquoi n’écoutons-nous pas la parole des enfants ? On les invite à parler, mais on refuse de bousculer le statut d'infériorité qui leur est assigné dans notre société.

Cette surdité collective condamne les victimes à des décennies de calvaire silencieux. La psychiatre Muriel Salmona a mis en lumière le phénomène d’amnésie traumatique, ce mécanisme où le cerveau enfouit l’agression sexuelle sans l’oublier, une réalité psychologique subie par la moitié des enfants abusés. Aujourd'hui, de plus en plus d’hommes violés pendant leur enfance prennent la parole pour raconter le jaillissement tardif de ces souvenirs destructeurs. C’est le cas du journaliste Frédéric Pommier qui publie le récit autobiographique Derrière les arbres. De retour à Alençon pour dédicacer son livre, le journaliste est revenu dans sa ville natale pour échanger sur les viols subis entre l'âge de 4 et 7 ans, soutenu massivement par un public qui lui a rappelé avec émotion : « Vous êtes l’honneur d’Alençon ». Pourtant, l'indignation de notre société demeure à géométrie variable. Comme le notait également Azelma Sigaux le 10 juin, l'affaire Lyhanna provoque un dégoût général légitime, mais « pourquoi donc Bruel, qui agresse et viole des enfants depuis des lustres, ne provoque-t-il pas ce même dégoût ? »


Pour nous, écologistes radicaux et antispécistes, cette complaisance et cette barbarie s'enracinent dans la même matrice idéologique qui détruit la planète et asservit les animaux non-humains. Ce mode de vie matérialiste et violent, fondé sur le droit du plus fort, traite l'enfant comme une propriété ou une variable d'ajustement, et non comme un individu sensible souverain. Cette indifférence systémique n'est pas digne de nous, elle est indigne de la France. Face à l'effondrement éthique de nos institutions, il est temps de briser les structures de domination et d'engager d'urgence une révolution pour les enfants, afin d'instaurer une société du soin, de la justice et de la protection absolue de chaque être vivant.


Lire aussi : Une révolution pour les enfants

https://revolutionecologiquepourlevivant.fr/blog/une-revolution-pour-les-enfants


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